Être aidante, aidant



C'est aider un proche qui va mourir, pour qu'il reste chez lui, en famille, l'aider sans relâche, dans tous les gestes de chaque jour, lui offrant aisance, présence et intimité. Marie et Tadzio marchent ensemble sur le même sentier, Marie l'aidant de ce geste constant qui ne lui a pas même été enseigné, qu'elle improvise et applique sans flancher sans jamais baisser les bras, jour après jour, elle qui dit

"lorsque je vois aux actualités les villes détruites par la guerre, c'est moi que je vois, moi l'aidante" submergée par l'effort démesuré, surhumain pour tout faire, jusqu'à atteindre cette extrême fatigue, cet épuisement, et que si cela l'a détruite, cela lui a aussi procuré la force d'espérer, éperdument espérer, allant jusqu'à parier qu'ainsi ele va réussir à soustraire à la Mort celui qu'elle aime, qu'elle en paye le prix.

Les statistiques ont établi qu'une aidante, un aidant, sur trois, meurt d'épuisement avant le proche aidé.

Et pourtant, au-delà de cet épuisement, être obligée de continuer à faire et refaire, défaire et refaire sans cesse, par automatisme, dans les grands gestes de toutes les exigences médicales de cette vie qui s'achève comme les petits gestes répétés et redits, tous ces petits gestes, minuscules, obscurs, humbles, de la vie domestique, ces gestes habituels que réclament l'ordre et la beauté de la maison

et aussi parce que Marie ne peut plus s'arrêter de faire, faire encore, aimante. Trop